De 1764 à nos jours : un grand voyage
Le 13 Décembre 1764, les religieux du Monastère Saint Pierre de La Réole, de la Congrégation de Saint-Maur, ordre de Saint Benoît, réunis en chapitre au son de la cloche en la manière accoutumée sous la présidence du Prieur, le Révérend Père Joseph Favier, consentirent à donner suite aux arrangements nécessaires pris par le Prieur avec le Sieur Jean-Baptiste Micot, facteur d’orgues de Paris demeurant à Toulouse, pour la construction d’un orgue en le chargeant de demander au « très Révérend Père général de bien vouloir approuver leur « dessein ».
1764 : Décision de la construction de l'Orgue
Le Supérieur général renouvela en son abbaye de St Germain des Prés à Paris le 20 Décembre 1764 la permission déjà accordée le 2 Juin 1757.
Le 20 Juillet 1766, le Prieur Dom Joseph Favier informe les religieux capitulairement assemblés que l’entreprise de l’orgue est avancée, que le facteur Micot doit faire dorer le buffet au 1er Septembre et placer la montre de suite, mais il est aussi nécessaire de faire un nouvel autel et changer le chœur, que cette opération serait pernicieuse à l’orgue par la grande poussière qu’occasionnerait la démolition, il conviendrait de faire ce changement avant que l’intérieur de l’orgue ne fut placé. Pour faire ces travaux, le Père D. Nicolai Cellerier sera autorisé à emprunter la somme de 2000 livres.
A la date du 3 Août 1767, il est signalé dans le registre de délibération une dette de 5000 livres pour l’entier paiement de l’orgue (il s’agit manifestement d’un dernier paiement).
A cette époque, Micot venait de construire le grand orgue de l’église Saint Michel de Bordeaux (devis du 13 Septembre 1760, réception le 4 Juin 1765). Il avait déjà livré en 1761 un important instrument en la cathédrale de Vabres en Rouergue. Par la suite, il construisit les orgues de l’église Saint Seurin de Bordeaux (1771), de la Cathédrale de Saint Pons-de-Thomières (1772), de Notre Dame la Dalbade à Toulouse (1760), de Saint- Chinian (1781). Il restaura différents instruments à Toulouse : la cathédrale, le Taur, les Jacobins (1782, transfert à Saint Pierre des Chartreux en 1793). Le petit orgue d’Arreau (1801) ou encore l’orgue de Dax (1785) est l’œuvre de son fils.
1805 : Transfert en la cathédrale Saint André de Bordeaux
A la Révolution, les moines de La Réole sont chassés de leur couvent et leur église transformée en halle à fourage puis en temple dédiée à la déesse Raison. Les Réolais sauvèrent le mobilier de leur église, orgue compris.
La cathédrale St André de Bordeaux perdit en cette période trouble une partie de son mobilier et son grand orgue. En l’an 11, le 23 pluviôse, l’archevêque Mgr Daviau adressa une requête au préfet, qui la transmit au Ministre des finances, pour faire attribuer à l’église St André affectée une partie du mobilier et le grand orgue de l’ancienne église priorale Saint Pierre de La Réole, ainsi que des éléments d’orgue de l’Abbaye de la Sauve, biens « qui dépérissent inutilement chaque jour dans un édifice abandonné… ».
Le transfert fut approuvé les 4 et 14 Germinal de l’an 11, et l’arrêté pris par le préfet le i Nivôse de l’an 12. La municipalité de La Réole résista et adressa deux pétitions à l’archevêque pour rendre l’église au culte et sauver son mobilier. Le transfert eut pourtant lieu, et en 1805 l’orgue de Micot fut remonté dans la cathédrale par les facteurs Simon Labruyère et Joseph Isnard. Très rapidement l’instrument fut jugé insuffisant pour le vaste vaisseau de la cathédrale dont l’acoustique, beaucoup moins généreuse et flatteuse que celle de l’église Saint Pierre de La Réole, réclame un tout autre instrument que celui de J.B. Micot, aux harmonies délicates et fines.
Dès le début de l’année 1811, l’archevêque sollicita la réquisition de l’orgue Dom Bedos de Sainte Croix pour sa cathédrale et proposa l’échange des deux instruments : le Dom Bedos à la cathédrale et le Micot à Sainte Croix. Les organistes et artistes de la ville signèrent une pétition pour appuyer la demande de l’archevêque, en invoquant un « motif touchant à la conception même de l’instrument de Dom Bedos, à savoir un vice qui tient à la disproportion qui existe entre la force de ses jeux et le petitesse de l’église Sainte Croix… » vice que le vaste bâtiment de la cathédrale peut seul faire disparaître en rendant aux jeux de cet orgue tout l’effet dont ils sont susceptibles… grâce à la grande nef de la cathédrale. (On voit comme, déjà à l’époque, tous les arguments sont bons, y compris les plus fallacieux.)
La fabrique de Sainte Croix essaya de résister, invoquant même que la restauration de 1804 effectuée par J. Isnard avait été payée par les paroissiens. La décision fut ramenée à une question d’argent : la fabrique de Sainte Croix touchera une somme de 2 730 F. correspondant aux travaux qu’elle a effectués sur son orgue.
L’échange put alors s’effectuer par les soins des facteurs Labruyère et Isnard, mais il fut limité à l’échange des mécanismes, soufflerie comprise, et de la tuyauterie intérieure. En effet, il fut décidé de laisser à Sainte Croix le buffet et les tuyaux de façade de Don Bedos, et à la cathédrale le buffet et les tuyaux de façade du Micot.
1812 : Transfert en l'église Sainte-Croix de Bordeaux
Le 23 Décembre 1812, l’orgue Micot était installé à Sainte Croix, dans le buffet Dom Bédos ; il fut reçu avec réserve quant à l’accord, et 4 anciens tuyaux de façade de Dom Bédos, qui avaient été remisés à l’intérieur par Iisnard en 1804, furent réclamés.
Le buffet de l’orgue Micot, un grand 8 pieds, ne présentait pas un volume suffisant pour recevoir la partie instrumentale du Dom Bédos, un grand 16 pieds avec Bourdon de 32.
Il fallut donc procéder à un agrandissement. L’ingénieur des Bâtiments Civils du Département, le citoyen Combet, établit un devis chiffré prévoyant certains aménagements au buffet qui est augmenté de tourelles et plates-faces, le soubassement est refait en partie à neuf.
Jusqu'à 1985 : Remaniements par Wenner et Gotty et déposition du Micot
Au cours des transferts, il est vraisemblable que quelques jeux ou parties de jeux disparurent ou furent changées, mais l’essentiel des mécanismes, les sommiers, les 6 soufflets cunéiformes et l’essentiel de la tuyauterie intérieure de Micot furent installés à Sainte Croix, sauf les tuyaux de façade qui sont restés avec leur buffet de Dom Bedos.
Au cours du XIXe siècle, la plus importante intervention fut effectuée par WennerR et Gotty en 1856. Le 16 Août 1855, ceux-ci établirent un devis de reconstruction de 18 000 F qui fut approuvé par la Fabrique de la paroisse. Le 16 Octobre 1856, un devis supplémentaire de 1 200 F, lui aussi accepté, portait le récit de 42 à 54 notes par l’ajout de la 1ère octave à tous les jeux. Les travaux furent reçus le 13 Mars 1857 par une commission composée de membres de la Fabrique et de 3 organistes bordelais, MM. Chatuelau, Schneider et Kuhn, ce dernier ayant eu la charge d’établir le rapport.
Wenner et Gotty ont entièrement reconstruit l’orgue selon le goût de l’époque, en conservant le buffet de Dom Bedos avec ses tuyaux de façade et 22 jeux anciens de l’orgue de la Réole sur les 40 qui composent la nouvelle disposition instrumentale.
L’orgue de Wenner et Gotty subit par la suite quelques modifications sonores, certaines par Maille, successeur de Wenner, et d’autres par Maurice Piget, avant que l’orgue passe entre les mains de la maison Beuchet-Debierre pour son entretien.
La reconstruction à neuf du grand orgue de la cathédrale Saint André permit de rendre au buffet de Sainte Croix ses sommiers et une grande partie de sa tuyauterie d’origine, de Dom Bedos. Il fallut donc, pour libérer la place, déposer l’orgue Micot-Wenner en 1985, orgue qui va revenir en 2015 à La Réole.
Remerciements à l’auteur : Restauration-Reconstruction des Grandes Orgues de l’église Abbatiale Saint-Pierre de La Réole © Thierry Semenoux Technicien Conseil Drac
Composition de l’orgue après restauration-reconstruction
W => jeux de WENNER – M => jeux de MICOT
Ma => jeux de MAILLE – italique => jeux neufs
| 1er clavier Grand-Orgue 56 notes C-G | 2ème clavier Positif de dos 56 notes C-G | 3ème clavier Récit expressif 56 notes C-G | Pédale 30 notes C-F |
|---|---|---|---|
| MONTRE 16 (W) | MONTRE 8 (M) | GAMBE 8 (W) | FLÛTE 16 (W) |
| MONTRE 8 (M) | SALICIONAL 8 (W) | VOIX CÉLESTE 8 (Ma) | BOURDON 16 |
| FLÛTE HARM. 8 (W) | BOURDON 8 (M) | BOURDON 8 (M +W) | GRANDE QUINTE 10 2/3 |
| GAMBE 8 (W) | PRESTANT 4 (W) | FLÛTE OCTAVIANT E 4 (W) | FLÛTE 8 (W) |
| BOURDON 8 (M) | NAZARD 2/3 (M) | OCTAVIN 2 | VIOLONCELLE 8 |
| PRESTANT 4 (M) | PLEIN-JEU IV rangs | PLEIN JEU III (M) | FLÛTE 4 (W) |
| FLÛTE 4 (W) | CORNET V rangs (M) | BASSON 16 | BOMBARDE 16 (W) |
| QUINTE 2 2/3 | TROMPETTE 8 | TROMPETTE HARM. 8 (W) | TROMPETTE 8 (M) |
| DOUBLETTE 2 (M) | CROMORNE 8 (M) | BASSON HAUTBOIS 8 (W) | CLAIRON 4 (M) |
| PLEIN-JEU V rangs | CLAIRON 4 (XVIIIème siècle) | VOIX HUMAINE 8 (W) | |
| CORNET V rangs (M) | |||
| BOMBARDE 16 (W) | |||
| TROMPETTE 8 (M) | |||
| CLARINETTE 8 | |||
| CLAIRON 4 | |||
| Appel GO | Accouplement POS/GO | Accouplement REC/GO en 8 | |
| Accouplement REC/GO en 4 | |||
| Accouplement REC/POS en 8 | |||
| Tirasse GO | Tirasse POS | Tirasse REC | |
| Appel anches GO | Appel anches REC | Appel anches PED | |
| Appel anches Général | |||
| Trémolo Récit | |||
Le retour des Orgues Micot-Wenner à La Réole
Ce retour a été rendu possible avant tout par la disponibilité du matériel Micot-Wenner du buffet de l’orgue de Sainte-Croix dans lequel la partie instrumentale du chef d’œuvre de Dom Bedos a été restituée.
Mais il a surtout été rendu possible par les nombreux acteurs qui se sont mobilisés autour de ce projet unique en France, à savoir le retour d’un orgue, certes transformé, près de 225 ans après son départ, dans son lieu de naissance.
Il faut citer :
- la Ville de La Réole à travers son maire, Monsieur Bernard Castagnet et toute son équipe municipale par délibération du Conseil Municipal du 11 Mai 2004 ;
- la Ville de Bordeaux qui a cédé gracieusement l’instrument de Micot-Wenner à la Ville de La Réole par délibération du 25 Février 2008;
- la Direction Régionale des Affaires Culturelles à travers la Conservation Régionale des Monuments Historiques (Monsieur Alain Rieu et son équipe) qui apporte à l’opération ses compétences techniques et sa participation financière au nom du Ministère de la Culture et de la Communication ;
- le Conseil Général de Gironde ;
- la Région Nouvelle-Aquitaine ;
- l’association des « Amis de l’Orgue de l’église Saint-Pierre de La Réole » et sa présidente, Mademoiselle Régine Clavet.
Le programme de travaux proposé par Monsieur Thierry Semenoux et Monsieur François Espinasse auprès de la Commission Nationale des Monuments Historiques a été adopté lors d’une séance de cette instance en date du 13 Octobre 2004.
Après appel d’offres, le marché de restauration-reconstruction a été confié à l’entreprise Pascal Quoirin, facteur d’orgues à Saint-Didier dans le Vaucluse. La maîtrise d’ouvrage est assurée par la Ville de La Réole. La maîtrise d’œuvre est assurée par Monsieur Thierry Semenoux, Technicien-Conseil agréé auprès de la Direction Générale des Patrimoines (Ministère de la Culture et de la Communication).
Le Marché a été signé le 24 Janvier 2012 et l’ordre de service délivré le 14 Février 2012. Le délais des travaux est de 36 mois. La restauration de la travée et de la tribune a été réalisée sous la maîtrise d’ouvrage de la Ville de La Réole, la maîtrise d’œuvre de Monsieur Michel Goutal, A.C.M.H., par les entreprises «DAGAND», «CAZENAVE» et «ATELIER DU VITRAIL».



































